Nucléaire : en route vers un Fukushima français

Publié: 26 septembre 2012 dans Uncategorized

See on Scoop.itle côté obscur du nucléaire français

PAR Stéphane Lhomme

celui qui porte bien son nom !!!!!

(source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/)

 

Comme promis, nous débutons cette revue de presse avec une info qui est tombée trop tard jeudi dernier pour être traitée convenablement : l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a publié son rapport annuel sur la sûreté nucléaire (cf http://bit.ly/LFdkpr ), une édition toute particulière car c’est la première après Fukushima. Cette info a été traitée massivement par les médias, alors voici une sélection extraordinairement parlante :

 

AFP : « Le parc nucléaire à l’heure des travaux massifs après Fukushima » : http://bit.ly/OABPUJ
AFP : « EDF et Areva s’engagent à répondre aux prescriptions de l’ASN » : http://bit.ly/QtW98C
La Tribune.fr : « L’ASN ne recommande l’arrêt d’aucune centrale » : http://bit.ly/NR4sf0
Reuters : « Plusieurs centrales nucléaires pointées du doigt par l’ASN » : http://bit.ly/MThTe4
Le Télégramme (Brest) : « Fukushima est devant nous » : http://bit.ly/MZalSY

 

Le problème de l’information, la plupart du temps, n’est pas qu’elle soit « cachée » mais bien la façon dont elle est présentée. A ce petit jeu, les titres des dépêches et des articles jouent un rôle fondamental : malgré un contenu quasi-identique, un article peut être alarmiste et un autre parfaitement rassurant.

 

De plus, l’organisation de l’information en France fait que l’Agence France Presse (AFP) détient un pouvoir gigantesques. Voyez donc ici http://bit.ly/LZDnkZ : quelques minutes après sa diffusion, la dépêche est présente sur plus de 60 sites d’information, dont la quasi-totalité des grands médias. Sans parler des journaux « papier » du lendemain, et surtout des reprises dans les médias audiovisuels…

 

Revenons à nos moutons radioactifs : dans sa première dépêche, l’AFP rend compte de ce que dit l’ASN et évoque même quelques données problématiques. Dont acte, mais la tonalité, donnée par le titre, est qu’il va y avoir des travaux et que les problèmes vont être rectifiés.

 

Mieux : le jour même, une autre dépêche AFP certifie que « EDF et Areva s’engagent à répondre aux prescriptions de l’ASN ». Conclusion : tout n’est pas parfait dans le nucléaire français, mais ce qui ne va pas va être arrangé. Donc, finalement, pas de quoi s’inquiéter, même après Fukushima. CQFD.

 

Imaginez maintenant la même dépêche, mais avec comme titre : « Les centrales françaises vont fonctionner encore des années sans les mesures post-Fukushima ». Ce serait immédiatement un scandale énorme face à cette situation qui est effectivement inacceptable. Mais voilà, l’AFP n’est pas là pour faire scandale, encore moins pour poser la question de la pertinence de ces investissements gigantesques et de leur (in)capacité à rendre réellement nos centrales « sûres ».

 

D’autre part, personne ne semble trouver curieux que le réacteur EPR, un temps menacé par l’ASN de subir un moratoire ( cf http://bit.ly/gaDHNq ), soit désormais présenté par cette même ASN comme une référence pour les réacteurs actuels (cf http://rapport-annuel2011.asn.fr ). On ne sera donc pas étonné que La Tribune.fr ne prenne pas de gants : « L’ASN ne recommande l’arrêt d’aucune centrale ». Objectif atteint.

 

Comparons avec l’agence anglo-saxone Reuters, beaucoup moins liée au pouvoir français, mais dont l’impact en France est bien plus faible que l’AFP : Reuters a au moins le mérite de titrer sur certaines centrales plus dangereuses que les autres.

Considérons avec intérêt Le Télégramme, basé à Brest. C’est le seul média à titrer sur l’aveu glaçant de M. Lacoste, Président de l’ASN : « Fukushima est devant nous ». L’explication de cette solitude apparaît de façon saisissante grâce à la carte mise en ligne par Le Télégramme ( http://bit.ly/MZalSY ) : la France est entièrement recouverte de centrales nucléaires… sauf la Bretagne.

Brest est ainsi la seule ville importante à être située loin de toute centrale. On découvre donc ce paradoxe extraordinaire : plus une région est nucléarisée, moins les médias régionaux osent évoquer les risques. Si EDF et Areva achètent des pages entières de publicité dans les journaux, c’est avant tout pour peser sur les lignes éditoriales…

 

Pour finir, la cerise sur le gâteau : M. Lacoste ajoute « Nous avons évidemment le devoir de prendre, dès que possible, des décisions pour améliorer la sûreté mais nous sommes amenés à les prendre sans être totalement sûrs d’avoir compris ce qui s’est passé.» Et c’est le grand chef de la « sûreté » nucléaire française qui vous le dit…

 

 

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